Qu'est-ce que le libre accès ?
Le libre accès (on dit aussi accès ouvert, ou open access) désigne la mise à disposition gratuite, immédiate et en ligne des résultats de la recherche, assortie du droit de les réutiliser. La définition fondatrice est celle de l'Initiative de Budapest pour l'accès ouvert (2002) : une disponibilité gratuite sur l'internet public, permettant à chacun de lire, télécharger, copier, distribuer, imprimer, rechercher ou pointer vers le texte intégral des articles, de les fouiller automatiquement et de les utiliser à toute autre fin légale, « sans barrière financière, légale ou technique autre que celles indissociables de l'accès à l'internet ».
Cette définition comporte deux volets, que le philosophe Peter Suber a appelés gratis et libre :
- Gratuité : personne ne paie pour lire. La barrière du prix disparaît.
- Réutilisation : on peut aussi traduire le texte, l'intégrer à un cours, le fouiller par ordinateur ou s'en servir pour d'autres travaux, à condition de citer les auteurs. La barrière des autorisations disparaît, en général grâce à une licence Creative Commons.
Le libre accès ne dit rien de la qualité. Un article en accès ouvert dans une revue sérieuse passe par la même évaluation par les pairs qu'un article sur abonnement ; ce qui change, c'est qui peut le lire et qui paie. Le principe vaut aussi pour les livres, les thèses et les données, mais cette page porte surtout sur les articles de revues, là où les questions d'argent pèsent le plus sur les chercheurs.
Petite histoire : de Budapest à Bengaluru
Né dans les années 1990 à l'initiative des chercheurs, le libre accès est devenu une politique publique dans les années 2010 et 2020. Les principales étapes :
- 1991 : le physicien Paul Ginsparg lance le serveur de prépublications qui deviendra arXiv, encore aujourd'hui le modèle de l'auto-archivage.
- 14 février 2002 : l'Initiative de Budapest (BOAI) définit l'accès ouvert et propose deux stratégies : l'auto-archivage dans des archives ouvertes (la future voie verte) et les revues en accès ouvert (la voie dorée).
- 2003 : la déclaration de Bethesda (20 juin) et la déclaration de Berlin (22 octobre) ajoutent deux conditions : une licence autorisant copie, usage et diffusion avec attribution, et le dépôt d'une copie complète dans une archive en ligne. La même année, l'université de Lund lance le DOAJ (Directory of Open Access Journals) avec environ 300 revues.
- 2018 : un groupe de financeurs de la recherche, la cOAlition S, lance le Plan S, qui exige un accès ouvert immédiat aux travaux qu'ils financent. La France publie la même année son premier Plan national pour la science ouverte.
- 2021 : les États membres de l'UNESCO adoptent la Recommandation sur une science ouverte.
- 2022 : les recommandations BOAI20 appellent à s'éloigner des APC, et Science Europe, la cOAlition S, OPERAS et l'Agence nationale de la recherche (ANR) publient le Plan d'action pour l'accès ouvert diamant (2 mars).
- 2023–2026 : trois sommets mondiaux sur l'accès ouvert diamant se tiennent à Toluca, au Mexique (2023), au Cap, en Afrique du Sud (décembre 2024) et à Bengaluru, en Inde (2–6 février 2026). Le sommet du Cap a donné la déclaration de Toluca–Le Cap, qui définit le diamant comme un modèle « détenu et dirigé par la communauté, non commercial » ; celui de Bengaluru, la feuille de route de Bengaluru (mai 2026). Un quatrième sommet est prévu à Bali, en Indonésie, en décembre 2026.
Les licences ouvertes : ce que permettent CC BY et les autres
C'est la licence ouverte qui transforme « gratuit à lire » en véritable accès ouvert : elle indique d'avance à chacun ce qu'il peut faire de l'œuvre sans demander d'autorisation. Presque toutes les revues en accès ouvert utilisent les licences Creative Commons :
- CC BY (Attribution) : chacun peut copier, diffuser, adapter et réutiliser l'œuvre, y compris à des fins commerciales, en citant les auteurs. C'est la licence demandée par le Plan S et par le programme européen Horizon Europe, et la plus répandue dans le DOAJ.
- CC BY-SA (Partage dans les mêmes conditions) : comme CC BY, mais les adaptations doivent porter la même licence.
- CC BY-NC (Pas d'utilisation commerciale) : la réutilisation n'est permise qu'à des fins non commerciales.
- CC BY-ND (Pas de modification) : l'œuvre peut circuler mais pas être adaptée, ce qui interdit aussi d'en publier une traduction sans autorisation.
- CC0 : les auteurs renoncent à leurs droits dans la mesure permise par la loi ; fréquent pour les données.
Avec la plupart des licences ouvertes, les auteurs conservent leurs droits. Les critères du DOAJ précisent qu'une mention « tous droits réservés » n'est jamais appropriée pour un contenu en accès ouvert.
Les voies du libre accès : diamant, dorée, verte, hybride, bronze et noire
Les « couleurs » de l'accès ouvert indiquent où un article est rendu accessible et qui paie. Ce sont des étiquettes d'usage, pas des catégories juridiques, et certaines sources les regroupent autrement (par exemple en faisant du diamant une variante de la voie dorée). Pour une comparaison détaillée des trois voies principales, voir notre guide diamant, doré, vert.
La voie diamant (ou platine)
Les revues diamant publient tout en accès ouvert et ne font payer ni les lecteurs ni les auteurs. Une université, un organisme de recherche, une société savante, un consortium de bibliothèques ou un État couvre les coûts. Exemples : SciPost Physics, le Journal of Statistical Software ou Documenta Mathematica. Les revues diamant sont le cœur de ce site.
La voie dorée
Les revues dorées sont entièrement en accès ouvert, mais beaucoup se financent par des frais de publication, les APC (article processing charges), payés par l'auteur, son établissement ou son financeur. PLOS ONE et Scientific Reports, par exemple, affichent dans le DOAJ des APC d'environ 2 500 à 2 900 dollars US. L'article est gratuit à lire, le plus souvent sous licence CC BY.
La voie verte (auto-archivage)
Dans la voie verte, l'auteur dépose une version de son article dans une archive ouverte : archive disciplinaire comme arXiv ou PubMed Central, archive nationale comme HAL, ou dépôt institutionnel. La version déposée est en général la prépublication ou le manuscrit auteur accepté (après évaluation, avant la mise en page de l'éditeur). Les éditeurs imposent souvent un embargo avant la diffusion du manuscrit accepté, couramment de six, 12 ou 18 mois. La voie verte ne coûte rien à l'auteur, et de nombreux financeurs exigent désormais un embargo nul.
La voie hybride
Une revue hybride est une revue sur abonnement qui ouvre un article donné si des APC sont payés. Les bibliothèques continuent de payer l'abonnement pour le reste de la revue : on parle de « double paiement » (double dipping). Les APC hybrides sont en moyenne les plus chers : selon Delta Think, les tarifs catalogue des revues entièrement ouvertes représentent environ les deux tiers de ceux des revues hybrides. Nature est un exemple de revue hybride.
La voie bronze
Un article bronze est gratuit à lire sur le site de l'éditeur, mais sans licence ouverte : les droits de réutilisation sont flous et l'éditeur peut le remettre derrière un péage. Le terme a été proposé par une étude de 2018 parue dans PeerJ, selon laquelle le bronze était alors la forme d'accès gratuit la plus fréquente.
La voie noire
L'accès ouvert « noir » désigne les copies diffusées sans autorisation des ayants droit par des bibliothèques clandestines comme Sci-Hub ou Library Genesis ; l'expression a été popularisée par un article de Bo-Christer Björk en 2017. Ces sites sont très utilisés, mais ils enfreignent le droit d'auteur dans la plupart des pays ; en 2017, un tribunal américain a accordé à Elsevier 15 millions de dollars de dommages contre Sci-Hub et LibGen. Nous les citons par souci d'exhaustivité, pas comme une recommandation : les voies légales décrites plus bas (trouver un article en accès ouvert) mènent souvent au même texte.
Tableau comparatif
| Voie | Où l'article est ouvert | Coût pour le lecteur | Coût pour l'auteur | Licence habituelle | Exemple |
|---|---|---|---|---|---|
| Diamant | Revue en accès ouvert financée par des institutions ou des communautés | Gratuit | Aucun | CC BY ou autre CC | SciPost Physics |
| Dorée | Revue entièrement ouverte, souvent financée par des APC | Gratuit | APC, souvent payés par l'établissement ou le financeur | CC BY | PLOS ONE |
| Verte | Copie en archive ouverte (prépublication ou manuscrit accepté) | Gratuit, parfois après embargo | Aucun | Variable ; CC BY avec la rétention des droits | arXiv, PubMed Central, HAL |
| Hybride | Article isolé dans une revue sur abonnement | Gratuit pour cet article | APC, en général les plus élevés | CC BY | Nature |
| Bronze | Site de l'éditeur, sans licence | Gratuit tant que l'éditeur le veut | Aucun | Aucune | Anciens numéros ouverts |
| Noire | Bibliothèques clandestines | Gratuit, mais illicite | Aucun | Aucune | Sci-Hub |
Qui paie le libre accès ?
Le lecteur ne paie jamais ; le coût se déplace vers les auteurs, les établissements, les financeurs ou la communauté qui fait vivre la revue. Tout dépend du modèle économique.
Les frais de publication (APC)
Les APC sont des frais facturés une fois l'article accepté. Les montants varient énormément :
- Les universités et financeurs qui déclarent leurs paiements à OpenAPC (surtout des établissements européens) ont payé en moyenne environ 2 400 € par article dans les revues entièrement en accès ouvert en 2024, et environ 3 100 € dans les revues hybrides (notre calcul à partir des données publiques d'OpenAPC).
- D'après l'enquête annuelle du cabinet Delta Think sur les tarifs de plus de 40 éditeurs, l'APC le plus élevé atteint en 2026 12 850 dollars US dans les revues hybrides et 8 900 dollars US dans les revues entièrement ouvertes, avec des hausses de l'ordre de 5 à 7 % par an.
- Une étude parue dans Quantitative Science Studies estime que les auteurs ont versé 1,06 milliard de dollars US d'APC aux cinq plus grands éditeurs commerciaux entre 2015 et 2018.
Les accords transformants (« lire et publier »)
De nombreuses bibliothèques négocient désormais des accords dans lesquels l'argent des abonnements couvre aussi la publication en accès ouvert de leurs chercheurs. Les accords allemands du Projekt DEAL avec Wiley, Springer Nature et Elsevier sont parmi les plus connus, et le registre ESAC en recense les conditions dans le monde entier. Pour l'auteur éligible, les APC deviennent invisibles. Leurs critiques, dont les recommandations BOAI20, estiment que ces accords renforcent les plus grands éditeurs et laissent les auteurs des établissements sans accord, c'est-à-dire la plupart des établissements des pays du Sud, face au tarif plein.
Exonérations et réductions
Beaucoup d'éditeurs exonèrent ou réduisent les APC pour les auteurs des pays à faible revenu. Elsevier, par exemple, accorde une exonération totale lorsque tous les auteurs relèvent d'établissements de pays du « groupe A » de Research4Life, et une réduction de 50 % pour le « groupe B », mais pas dans ses revues hybrides. Ces exonérations sont discrétionnaires, exigent en général que tous les coauteurs soient éligibles et dépendent de listes de pays à vérifier avant de soumettre.
Comment se financent les revues diamant
Il n'existe pas de modèle économique unique. L'étude OA Diamond Journals commandée par la cOAlition S montre que 60 % des revues diamant reposent sur des bénévoles, que 53 % fonctionnent avec moins d'un équivalent temps plein et que 70 % déclarent moins de 10 000 €/$ de coûts annuels. Leur financement, en argent ou en nature, vient surtout des universités et des organismes de recherche, mais aussi :
- des presses universitaires et services d'édition des bibliothèques, qui hébergent les revues sur des logiciels libres comme Open Journal Systems (OJS) ;
- de plateformes nationales et régionales qui soutiennent des revues non commerciales, comme Redalyc et AmeliCA en Amérique latine ou OpenEdition en France ;
- de sociétés savantes et de consortiums de bibliothèques qui mutualisent les financements ;
- de modèles comme Subscribe to Open, où une revue ouvre chaque volume si assez de bibliothèques maintiennent leur abonnement.
L'accès ouvert diamant en chiffres
Les revues diamant sont majoritaires parmi les revues en accès ouvert, mais elles publient une minorité des articles en accès ouvert. Dans l'instantané du DOAJ utilisé par ce site (octobre 2026), 14 571 des 23 657 revues recensées (62 %) ne facturent ni APC ni autres frais. Parmi elles, 4 279 sont classées par SCImago/Scopus et 711 figurent dans le premier quartile (Q1) d'au moins une catégorie.
| Quartile | Revues Scopus sans APC | |
|---|---|---|
| Q1 | 711 | Liste complète → |
| Q2 | 1 020 | Liste complète → |
| Q3 | 1 325 | |
| Q4 | 1 197 |
Ces revues sont aussi très internationales : les revues diamant de notre base viennent de 132 pays et publient dans 84 langues.
| Pays de l’éditeur | Revues diamant | Dans Scopus |
|---|---|---|
| Brésil | 1 227 | 217 |
| Indonésie | 1 188 | 59 |
| Espagne | 981 | 481 |
| Pologne | 800 | 286 |
| États-Unis | 670 | 246 |
| Turquie | 670 | 128 |
| Iran | 608 | 176 |
| Russie | 562 | 207 |
| Royaume-Uni | 524 | 237 |
| Italie | 482 | 177 |
| Colombie | 462 | 119 |
| Argentine | 408 | 63 |
L'étude la plus complète du secteur, l'OA Diamond Journals Study (Bosman et al., 2021), a établi que :
- il existe « presque certainement au moins 17 000, et probablement jusqu'à 29 000 » revues diamant dans le monde, dont un tiers seulement environ sont inscrites au DOAJ ;
- elles publiaient environ 356 000 articles par an, soit 8 à 9 % de l'ensemble des articles scientifiques, contre environ 453 000 articles (10 à 11 %) pour les revues ouvertes financées par des APC ;
- 45 % des revues diamant sont publiées en Europe, 25 % en Amérique latine, 16 % en Asie et 5 % aux États-Unis et au Canada ;
- 60 % relèvent des sciences humaines et sociales, 22 % des sciences et 17 % de la médecine, et la plupart publient moins de 25 articles par an ;
- 38 % sont multilingues, contre 14 % des revues à APC.
De nouvelles infrastructures les rendent plus visibles. Le Diamond Discovery Hub, lancé en 2025 par le projet CRAFT-OA et rattaché au European Diamond Capacity Hub, a dépassé les 4 000 revues diamant vérifiées en juillet 2026. Le texte BOAI20 rappelait qu'en janvier 2022, seules 30,4 % des revues du DOAJ facturaient des APC.
Les politiques de libre accès en 2026
La plupart des grands financeurs publics exigent désormais que les articles qu'ils financent soient ouverts dès leur publication ; ils divergent sur la prise en charge des frais et sur la licence exigée. Où en est-on en octobre 2026 ?
Le Plan S et la cOAlition S
Le Plan S a été lancé le 4 septembre 2018 par la cOAlition S, qui réunit aujourd'hui 28 financeurs, dont l'Agence nationale de la recherche (ANR), Wellcome, la Fondation Gates, l'Organisation mondiale de la santé, UK Research and Innovation et le Conseil supérieur pour la science et la technologie de Jordanie. Depuis 2021, les articles financés doivent être ouverts dès publication sous licence CC BY, dans une revue ou une plateforme en accès ouvert ou par dépôt immédiat en archive ouverte ; le financement des accords transformants a pris fin le 31 décembre 2024, et les financeurs « ne soutiennent pas le modèle hybride ». Leur stratégie de non-cession des droits (Rights Retention Strategy) permet d'appliquer une licence CC BY au manuscrit accepté même quand on publie dans une revue sur abonnement. La stratégie 2026–2030 de la coalition prévoit une révision des principes du Plan S, avec davantage de place pour le diamant, les prépublications et les modèles « publier, évaluer, sélectionner » (publish, review, curate).
Union européenne et Horizon Europe
Les bénéficiaires d'Horizon Europe doivent déposer chaque publication évaluée par les pairs dans une archive de confiance au moment de la publication, sous licence CC BY ou équivalente ; les frais de publication dans des revues hybrides ou sur abonnement ne sont pas remboursés. Ils peuvent publier gratuitement sur Open Research Europe, plateforme exploitée par le CERN à partir de l'automne 2026, avec près de 17 millions d'euros pour 2026–2031 apportés par la Commission européenne et 11 pays, dont la France. En mai 2023, le Conseil de l'UE a affirmé qu'un accès ouvert immédiat et sans restriction devait être la norme pour la recherche financée sur fonds publics, sans que les coûts soient supportés individuellement par les auteurs ou les lecteurs.
UNESCO
La Recommandation de l'UNESCO sur une science ouverte, adoptée à Paris le 23 novembre 2021 par les 193 États membres, est le premier texte normatif mondial sur le sujet. Elle couvre publications, données, logiciels et infrastructures.
États-Unis
Le « mémo Nelson » de la Maison-Blanche (25 août 2022) demandait aux agences fédérales de rendre accessibles sans embargo les articles financés au plus tard le 31 décembre 2025, et les NIH ont appliqué leur politique sans embargo dès le 1er juillet 2025. L'orientation a changé depuis : un rapport du Congrès de 2026 indique que le bureau de la politique scientifique « est en train d'abroger » ce mémo (House Report 119-652) ; un projet de règlement fédéral du 29 mai 2026 rendrait les APC inéligibles sur les subventions fédérales, sauf obligation légale ou accord préalable ; et les NIH envisagent de plafonner les frais de publication. Aucune de ces mesures n'était définitive au moment de la rédaction.
Ailleurs
- Canada : la nouvelle politique des trois organismes impose un accès ouvert immédiat sous licence ouverte (de préférence CC BY) pour les subventions accordées à partir du 1er janvier 2027.
- Inde : le programme One Nation One Subscription, lancé en janvier 2025, ouvre plus de 13 000 revues à plus de 6 300 établissements publics et réserve 150 crores de roupies par an au financement de publications en accès ouvert.
- Fondation Gates : depuis janvier 2025, sa politique ne paie plus d'APC et attend des prépublications.
Le libre accès en France et au Maghreb
La France dispose d'un cadre juridique et d'infrastructures publiques parmi les plus développés d'Europe, et les pays du Maghreb s'appuient sur des plateformes nationales qui hébergent gratuitement leurs revues.
Un droit de dépôt inscrit dans la loi
L'article 30 de la loi pour une République numérique (2016), codifié à l'article L533-4 du Code de la recherche, permet à l'auteur d'un article issu d'une recherche financée au moins pour moitié par des fonds publics de diffuser gratuitement son manuscrit accepté, même après avoir cédé ses droits à un éditeur. Selon le guide d'application, ce délai est « au maximum de six mois » en sciences, techniques et médecine et « de douze mois » en sciences humaines et sociales.
Des plans nationaux à la Stratégie 2026–2033
Le premier Plan national pour la science ouverte date de juillet 2018 ; le deuxième (2021–2024) visait « 100 % de publications en accès ouvert en 2030 ». Le 16 septembre 2026, le ministère a publié la Stratégie de science ouverte 2026–2033, qui prend le relais des deux plans. Elle fixe comme cibles que 100 % des articles français soient en accès ouvert et déposés dans HAL, prévoit de « travailler à l'extinction du paiement unitaire des frais de publication (APC) » et de soutenir l'édition sans frais de publication (« diamant »).
Selon le Baromètre de la science ouverte (édition 2025), 62 % des publications françaises de 2024 sont en accès ouvert, un niveau interprété comme un plateau depuis 2022, et 76 % des thèses de doctorat sont ouvertes.
HAL et les revues françaises
HAL, l'archive ouverte nationale créée en 2001 et pilotée par le CCSD, comptait 1 594 705 documents en texte intégral selon son bilan 2025. Côté revues, la France est un pays du diamant : dans les données du DOAJ utilisées par ce site, environ neuf revues françaises sur dix ne facturent aucuns frais, notamment grâce à des plateformes comme OpenEdition. Voir les revues diamant françaises et les revues publiant en français.
Maroc et Algérie : des plateformes nationales
- Maroc : le Portail des revues scientifiques marocaines (PRSM), développé par le CNRST via l'IMIST, se présente comme la « 1ère plateforme nationale d'édition électronique » et offre « une plateforme de publication numérique en accès ouvert » sous Open Journal Systems. Dans le DOAJ, la grande majorité des revues marocaines sont diamant. En octobre 2024, le ministère a lancé une Stratégie nationale des ressources éducatives libres et de la science ouverte.
- Algérie : l'ASJP, plateforme d'édition électronique des revues algériennes développée et gérée par le CERIST, recense 929 revues et près de 300 000 articles (octobre 2026). Presque toutes les revues algériennes présentes dans le DOAJ sont diamant. Les règles de soutenance de doctorat appliquées par les universités, par exemple celles de l'université de Tizi Ouzou en application de l'arrêté 547 du 2 juin 2016, exigent un article dans une revue indexée (Web of Science, Scopus) ou classée par la tutelle, et précisent que « les revues payantes dont le paiement constitue un critère d'acceptation de l'article ne sont pas admises ».
Pour les chercheurs du Maghreb, une revue diamant classée dans Scopus coche donc souvent toutes les cases : gratuite, reconnue et accessible. Voir les pages Maroc, Algérie et monde arabe.
Avantages, critiques et débat sur l'avantage de citation
Le libre accès élargit le lectorat et la réutilisation ; ses principaux problèmes tiennent à son financement. Les deux côtés du débat méritent d'être exposés.
Les avantages
- Plus de lecteurs. Praticiens, journalistes, patients, enseignants et chercheurs d'établissements aux budgets d'abonnement limités peuvent lire les travaux. Dans un essai randomisé portant sur 36 revues, les articles mis en accès ouvert ont été nettement plus téléchargés et ont touché un public plus large dès la première année.
- Réutilisation et fouille de textes. Une licence CC BY permet traductions, supports de cours, revues systématiques et analyses automatisées sans demande d'autorisation.
- Retour sur l'argent public. C'est l'argument central des obligations imposées par les financeurs.
- Une science plus rapide. Prépublications et articles ouverts circulent pendant que les revues terminent l'évaluation.
Le libre accès augmente-t-il les citations ?
Peut-être, mais les preuves sont plus fragiles qu'on ne le dit souvent. Une vaste analyse de 2018 a trouvé que les articles en accès ouvert recevaient 18 % de citations de plus que la moyenne, surtout grâce aux voies verte et hybride. Mais une revue systématique de 2021 portant sur 134 études montre que 47,8 % confirment un avantage de citation, 27,6 % n'en trouvent aucun et 23,9 % seulement dans certains sous-groupes ; trois études seulement présentaient un faible risque de biais, et leurs conclusions divergeaient. Le seul essai contrôlé randomisé a conclu que les articles en accès ouvert n'étaient cités ni plus souvent ni plus tôt que les articles sur abonnement sur trois ans. Un effet de sélection (les auteurs ouvrent leurs meilleurs articles) explique sans doute une partie de l'avantage observé. Publiez en accès ouvert pour la diffusion et la réutilisation, pas pour une hausse garantie de vos citations.
Les critiques
- Les APC déplacent la barrière du lecteur vers l'auteur. Une étude des « revues miroirs » d'Elsevier a montré que la plupart des articles en accès ouvert venaient d'auteurs de pays à revenu élevé et qu'aucun article des revues miroirs ouvertes n'émanait d'un pays à faible revenu, ce qui va dans le sens d'un effet barrière des APC. Pour la BOAI20, les revues à APC « excluent des auteurs pour des raisons économiques, sans égard à la qualité et à l'importance de leurs travaux ».
- Des coûts totaux en hausse. Les tarifs progressent plus vite que bien des budgets de bibliothèque, et les revues hybrides peuvent être payées deux fois.
- Une incitation au volume. Quand les revenus dépendent du nombre d'articles acceptés, l'éditeur a intérêt à accepter davantage. En 2023, les revues Hindawi, propriété de Wiley, ont rétracté plus de 8 000 articles, surtout dans des numéros spéciaux infiltrés par des « usines à articles ».
- Les éditeurs prédateurs. Certaines revues encaissent des APC sans véritable évaluation. Une étude de 2015 estime que leur production est passée de 53 000 articles en 2010 à environ 420 000 en 2014, dans quelque 8 000 revues actives, les trois quarts des auteurs étant basés en Asie et en Afrique. Notre guide des revues prédatrices en liste les signaux d'alerte.
- Des finances diamant fragiles. Beaucoup de revues diamant dépendent du bénévolat et de subventions de court terme, ce qui peut limiter la relecture, l'indexation ou l'archivage pérenne.
Comment publier en libre accès gratuitement
Le moyen le plus direct de publier en accès ouvert sans payer est de choisir une revue diamant adaptée à votre article et conforme aux exigences de votre établissement. Voici la démarche avec les outils gratuits de ce site :
- Dresser une liste. Parcourez le moteur de recherche de revues diamant par discipline, pays ou langue (par exemple le français), ou collez votre résumé dans l'outil d'appariement par IA, qui tourne sur votre appareil et le compare au champ de chaque revue.
- Vérifier l'adéquation. Lisez les objectifs et le champ de la revue et parcourez deux ou trois numéros récents. Une revue qui a publié des articles proches du vôtre ces deux dernières années est un meilleur choix qu'une revue au champ vague.
- Vérifier le classement. Si votre établissement demande un quartile, filtrez par quartile SCImago et lisez comment fonctionnent les quartiles ; une revue peut être Q1 dans une catégorie et Q3 dans une autre. Listes toutes prêtes : revues classées Scopus sans APC et revues Q1 gratuites.
- Contrôler l'indexation Scopus par ISSN. Les classements sont mis à jour une fois par an et des revues sont parfois retirées. Vérifiez le statut actuel avec le vérificateur d'indexation Scopus et notre guide pas à pas.
- Écarter les revues prédatrices. Vérifiez que la revue figure au DOAJ, que son comité éditorial est réel et joignable, qu'elle décrit son évaluation par les pairs et qu'elle ne promet pas une acceptation en quelques jours. Voir la liste de contrôle des revues prédatrices.
- Confirmer l'absence de frais, par écrit. Cherchez dans les instructions aux auteurs d'éventuels frais de soumission, de page ou de couleur. Une revue diamant indique clairement qu'elle ne facture rien.
- Soumettre, puis déposer une copie. Après acceptation, déposez votre manuscrit accepté dans HAL, dans l'archive de votre établissement ou dans une archive disciplinaire, et vérifiez la licence exigée par votre financeur.
Cherchez parmi 14 571 revues en libre accès diamant par discipline, quartile, pays et langue. Sans inscription, rien n’est envoyé.
Collez votre titre et votre résumé : un petit modèle de langue exécuté dans votre navigateur classe les revues gratuites selon l’adéquation de leur périmètre. Rien ne quitte votre appareil.
Comment trouver la version en accès ouvert d'un article
Il existe souvent une copie gratuite et légale d'un article payant, dans une archive ouverte ou sur la page de l'auteur. Essayez, à peu près dans cet ordre :
- Unpaywall : une extension de navigateur gratuite qui affiche un onglet vert lorsqu'elle trouve une copie ouverte et légale de l'article consulté.
- Google Scholar : cliquez sur « Toutes les versions » sous un résultat ; les copies en archive ouverte y apparaissent souvent.
- CORE et BASE : des moteurs qui agrègent les textes intégraux de milliers d'archives et de revues dans le monde.
- Archives disciplinaires : PubMed Central et Europe PMC pour la biomédecine ; arXiv pour la physique, les mathématiques et l'informatique ; bioRxiv, medRxiv ou SSRN pour les prépublications d'autres domaines.
- Archives nationales et institutionnelles : HAL en France, ou l'archive de l'université des auteurs.
- DOAJ : sa recherche d'articles couvre les revues entièrement en accès ouvert.
- Écrire à l'auteur. Les chercheurs envoient volontiers une copie de leur article ; l'adresse de l'auteur correspondant figure sur la page du résumé.
Questions fréquentes
Les revues en libre accès sont-elles évaluées par les pairs ?
Oui, pour les revues sérieuses. L'accès ouvert concerne la diffusion, pas l'évaluation. Le DOAJ, par exemple, n'inscrit que des revues dont tous les articles sont évalués par au moins deux relecteurs indépendants (ou deux éditeurs en arts et sciences humaines). Les prépublications font exception : elles sont diffusées avant évaluation et signalées comme telles.
Publier en accès ouvert, est-ce gratuit ?
Pas toujours. Les revues diamant et l'auto-archivage (voie verte) sont gratuits pour l'auteur ; les revues dorées et hybrides facturent en général des APC, que votre bibliothèque ou votre financeur peut prendre en charge via un accord. Dans le DOAJ, 62 % des revues ne facturent rien ; vous pouvez les filtrer dans le moteur de recherche.
Quelle différence entre accès ouvert et accès gratuit ?
L'accès gratuit (ou bronze) permet de lire l'article sans payer. L'accès ouvert y ajoute une licence ouverte qui autorise la réutilisation, et l'ouverture est définitive : un éditeur peut retirer un accès gratuit à tout moment, mais pas révoquer une licence CC BY déjà accordée.
Les revues en libre accès sont-elles indexées dans Scopus ?
Beaucoup le sont. Scopus sélectionne les revues sur des critères de qualité, pas sur leur modèle économique. Dans notre base, 4 279 revues diamant ont un classement SCImago/Scopus. Être au DOAJ n'implique pas d'être dans Scopus : vérifiez toujours l'ISSN.
Que signifie la licence CC BY ?
CC BY est la licence Creative Commons Attribution. Chacun peut partager, adapter et réutiliser l'œuvre à toute fin, y compris commerciale, à condition de créditer les auteurs, d'indiquer la licence et de signaler les modifications. La plupart des politiques de libre accès des financeurs l'exigent.
Les revues en libre accès sont-elles prédatrices ?
Non. Les revues prédatrices sont une minorité qui exploite le modèle des APC ; la grande majorité des revues en accès ouvert, et les revues diamant sérieuses du DOAJ, pratiquent une évaluation normale. Consultez notre guide des revues prédatrices avant de soumettre.
Puis-je ouvrir un article publié dans une revue sur abonnement ?
Le plus souvent, oui, par la voie verte. En France, si votre recherche est financée au moins pour moitié sur fonds publics, la loi pour une République numérique vous permet de diffuser le manuscrit accepté après un embargo maximal de 6 mois (sciences, techniques, médecine) ou 12 mois (sciences humaines et sociales), même si vous avez cédé vos droits. Ailleurs, consultez la politique de la revue dans Open Policy Finder (ex-Sherpa Romeo) et les règles de votre financeur.
Diamant ou doré : lequel choisir ?
Pour le lecteur, c'est identique : gratuit et sous licence ouverte. La différence est le payeur : en voie dorée, l'auteur ou son établissement paie en général des APC ; en voie diamant, personne ne paie pour publier. La qualité dépend de la revue, pas de la couleur ; voir notre comparatif diamant, doré, vert.
Sources
- Budapest Open Access Initiative (2002) ; recommandations BOAI20 (2022) ; déclaration de Bethesda et déclaration de Berlin (2003)
- Bosman et al. (2021), The OA Diamond Journals Study, Part 1: Findings
- Plan d'action pour l'accès ouvert diamant (2022) ; déclaration de Toluca–Le Cap (2025) ; feuille de route de Bengaluru (2026) ; Diamond Discovery Hub (2026)
- DOAJ, critères d'inclusion et DOAJ at 20
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- Maghreb : PRSM (CNRST/IMIST) ; ASJP (CERIST) ; règles de soutenance, UMMTO
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